Quand tu rentres chez toi, tu remets ton habit religieux ? Est-ce que tu portes ta croix au travail ? Tu fais de l’accompagnement spirituel dans ton travail ?

Dès l’origine, nos sœurs ont portées l’habit civil, celui des veuves, qui leur permettait d’aller à la rencontre de ceux qui en avaient besoin sans rester cloîtrées. Aujourd’hui, la croix est signe de notre appartenance à l’Institut des sœurs de Saint-Joseph. Selon les lieux que je côtoie, il m’est parfois impossible de la porter ou cela ne me semble pas opportun pour pouvoir favoriser une relation plus simple et respectueuse de l’autre. Pourtant, en tout lieu, c’est bien comme sœur que je me situe.

Comment vis-tu ta vie professionnelle lorsqu'elle semble en contradiction avec la position de l’Eglise ?

C’est une question délicate. Il me semble aujourd’hui important de savoir me tenir comme chrétienne en tout lieu notamment auprès des personnes plus fragilisées. Dans le monde d’aujourd’hui, les situations sont souvent complexes et mêlées. Pouvoir demeurer en ces lieux est parfois le moyen de contribuer à plus de justice ou de rejoindre les personnes là où elles en sont pour leur permettre d’avancer sur leur chemin. Pour moi, ce qui est premier est de pouvoir rejoindre la personne dans tout ce qu’elle est.

Est-ce que c’est toi qui choisis quand tu déménages, quand tu changes de travail ?

En rentrant dans la vie religieuse, j’ai choisi de suivre le Christ et pour cela de me rendre disponible le plus largement possible. En congrégation, nous cherchons à être attentives aux différents besoins du monde. Par le vœu d’obéissance, je fais le choix, à travers des propositions faites par ma responsable de congrégation, de me mettre à l’écoute de la meilleure manière de servir le Christ. Cela implique d’oser parfois changer de lieu ou de mission. Ces changements sont précédés par un temps de dialogue.

Et vous priez combien de fois par jour ?

Avant tout, pour moi, l’important est de reconnaître la présence de Dieu en toute chose. Pour cela, j’ai besoin aussi de prendre des temps spécifiques de dialogue avec Lui. Je prends un temps d’oraison personnelle, si possible, d’une heure chaque jour. En communauté, nous nous retrouvons une à deux fois par jour pour un temps de prière communautaire. L’eucharistie et le sacrement du pardon ont une place importante dans notre vie et notre charisme.

Alors tu vas partir à l’étranger faire de l’humanitaire ?

Nous sommes une congrégation avec des communautés présentes dans différents pays du monde. Je pourrais être appelée à vivre dans un autre pays que le mien mais sur les lieux d’implantation de nos communautés. Nous essayons de répondre en priorité aux besoins de nos pays et de nos églises respectives.

Pourquoi tu as choisi la vie religieuse ? Comment ta famille a réagi ?

J’ai fait un jour l’expérience d’une rencontre personnelle et vivante avec le Christ à l’écoute de l’Évangile.

J’ai eu alors le désir de m’engager tout entière à sa suite dans le service de tout homme. Les réactions des familles sont diverses.

Ma famille n’a pas, dans un premier temps, bien compris ni accueilli ce choix. Le temps permet de faire tomber les images de la vie religieuse de chacun. Une nouvelle relation émerge de ce choix qu’on découvre progressivement.

Le lien est présent ; il se donne différemment.

Comment tu fais pour habiter avec des sœurs d’une autre génération ? Vis-tu avec des personnes d’autres cultures ? Comment appelles-tu celles avec qui tu vis ?

Nous vivons avec des personnes diverses notamment par l’âge. Nous accueillir les unes les autres avec nos différences n’est pas toujours simple mais nous donne de découvrir la richesse de chacune. L’accueil des limites des unes des autres nous pousse à tenir compte de nos propres fragilités mais aussi à être inventives. Tout ceci est source d’une grande fécondité et nous aide à nous reconnaître sœurs. L’interculturalité est surtout vécue sur le continent africain.

Est-ce que tu es encore religieuse quand tu travailles ? Est-ce que tu arrêteras de travailler quand tu auras fait tes vœux définitifs ? Comment s’articulent le travail et la vie religieuse ?

Le travail est un moyen de mettre en œuvre la mission où la responsable de la congrégation m’a envoyée ; il fait donc partie de ma vie religieuse, je continuerai à travailler après mes vœux définitifs. Travailler, c’est ma façon d’être proche de toutes sortes de personnes en particulier des plus démunis. C’est une réalité que je porte dans ma prière, que je partage avec mes sœurs de communauté et que nous portons alors ensemble. Au travail je suis attentive à la présence de Dieu qui se manifeste parfois discrètement, et je présente à Dieu les lieux traversés par la souffrance pour qu’il apporte sa vie et son amour là. Pour nous, travailler c’est aussi vivre à la manière de Jésus à Nazareth lorsqu’il était charpentier, et sur les routes de Galilée, quand il partait à la rencontre de l’humanité blessée. Depuis la fondation de la congrégation, les sœurs sont appelées à travailler aussi pour subvenir à leurs besoins.

Est-ce que tu gardes ton salaire ? Vous recevez l’argent du Pape ? Es-tu libre de dépenser ton argent comme tu veux ?

Dès mes premiers vœux, je mets tous mes revenus en commun avec les autres sœurs de la congrégation ; c’est un choix qui fait partie de l’engagement de la vie religieuse. Je dispose de l’argent dont j’ai besoin en accord avec ma communauté. Notre règle de vie nous invite à une vie, simple et sobre, à la manière de Jésus qui ne s’est pas encombré matériellement pour vivre des rencontres en vérité. Nous vivons essentiellement des revenus de notre travail, et depuis notre fondation nous veillons à ne pas devenir dépendantes de donateurs particuliers.

Alors tu ne peux (veux) pas avoir d’enfants, de copains ? Est-ce que cela ne vous manque pas de ne pas faire l’amour ?

Je n’ai pas refusé d’avoir un mari et des enfants mais j’ai fait le choix d’aimer différemment à la manière du Christ. En gardant un cœur disponible, je souhaite me faire proche et être à l’écoute gratuite de chaque personne que je rencontre. De ce fait, j’aime sous une autre modalité que l’amour charnel, ou familial. Cela ne m’empêche pas d’aimer intensément, de me donner totalement aux autres par le Christ. La vie communautaire est un soutien pour tenir un équilibre affectif.

Tu habites dans une église ? Il y a un prêtre qui vit avec vous pour dire la messe ?

Non je n’habite pas dans une église, c’est-à-dire dans le lieu de culte. Mais la congrégation (Institut des Sœurs de Saint Joseph) est en communion avec l’Eglise, avec l’ensemble des croyants. Chaque communauté est en lien avec la paroisse du lieu où elle a été envoyée. De ce fait nous participons aux eucharisties dominicales mais aussi à la vie des communautés chrétiennes qui nous entourent. Nous n’avons pas d’aumôniers particuliers.

Pourquoi tu as choisis cette congrégation-là ?

Chaque congrégation a une manière propre de vivre l’évangile qui révèle un visage spécifique de Dieu, qui est un don pour l’Eglise. J’ai choisi cette congrégation parce que je me reconnaissais dans cette manière propre de suivre le Christ. Demander à entrer dans une congrégation c’est répondre à un élan du cœur, à un appel, conforté par un discernement de ma part et de la part de la congrégation.

Concrètement tu fais quoi ? Tu vis quoi ?

Ma journée peut ressembler à celle de tout le monde : je travaille de la même manière que mes collègues. Le matin, avant de commencer la journée, je prie avec un texte de la bible pendant une heure, et le soir en rentrant du travail, je retrouve mes sœurs pour un temps de prière ensemble. Le repas du soir est un moment important de retrouvailles et de partages, de tout ce que nous avons vécu dans la journée. Je termine ma journée par un temps de prière où je remercie Dieu de tout ce qu’il m’a donné de vivre, je demande pardon pour les moments où je me suis détournée de Lui et je Lui remets la journée du lendemain.

Régulièrement nous avons des temps de partages en communauté, en congrégation où nous nous émerveillons de la présence de Dieu dans nos vies. Chaque année, je prends un temps plus long de silence et de prière pour entretenir ma relation à Dieu.